Cigarette à l’arrêt de bus : une amende de 135 € pour ce geste du matin
Allumer une cigarette en attendant le bus peut désormais vous coûter 135 euros d’amende, une sanction qui surprend encore de nombreux fumeurs français.
7 h 42, arrêt de bus rue Lecourbe à Paris. Marc — appelons-le ainsi — sort machinalement son paquet de cigarettes, l’allume, inspire. Autour de lui, trois autres personnes patientent sous l’abribus, personne ne dit rien. Une semaine plus tard, même heure, même geste. Cette fois, une voiture de police ralentit, se gare le long du trottoir. L’agent descend, s’approche : « Monsieur, vous savez que c’est interdit ici ? » Marc fronce les sourcils. Interdit ? Il fume à cet endroit depuis des mois. Pourtant, le policier sort son carnet de contraventions. Comment un geste aussi banal, répété chaque matin par des milliers de Français, peut-il soudain attirer l’attention des forces de l’ordre ?
Pourquoi l’abribus n’est pas un simple trottoir
L’erreur courante consiste à considérer l’abribus comme un simple prolongement du trottoir. Juridiquement, ce n’est pas le cas. Dès qu’un abri pour les transports en commun est en service — c’est-à-dire fonctionnel et accessible au public —, il bascule dans une catégorie réglementaire distincte. Fumer sous cet abri devient alors une infraction, au même titre que dans un lieu public fermé.
La plupart des fumeurs l’ignorent tout simplement, faute d’affichage clair ou de communication systématique sur le terrain.
Cette méconnaissance explique pourquoi tant de personnes continuent d’allumer leur cigarette à l’abri de la pluie, persuadées de rester dans leur droit. Le problème : l’absence de tolérance ne signifie pas l’absence de verbalisation. Les contrôles, bien que sporadiques, ont lieu. Et lorsqu’ils surviennent, la surprise est totale.
Que dit précisément la loi française ?
En France, fumer dans l’espace public extérieur reste globalement autorisé. Vous pouvez fumer sur un trottoir, dans un parc, sur une place. Mais plusieurs exceptions existent, et elles concernent des lieux fréquentés au quotidien :
- les abribus en service
- les abords immédiats des établissements scolaires (écoles, collèges, lycées)
- certaines zones définies par arrêté municipal (plages, parcs publics dans certaines villes)
L’interdiction dans les abribus relève d’une logique de protection contre le tabagisme passif, dans un espace semi-fermé où plusieurs personnes se trouvent à proximité immédiate. Aux abords des écoles, c’est la protection des mineurs qui motive la règle. Dans les deux cas, l’objectif affiché est de limiter l’exposition involontaire à la fumée.
L’interdiction s’applique dès que l’abribus est en fonction, même si personne d’autre n’attend à ce moment-là.
Combien coûte réellement cette infraction ?
Le montant de l’amende pour avoir fumé dans un abribus ou aux abords d’une école s’élève à 135 euros. Ce n’est ni une contravention symbolique, ni un simple rappel à l’ordre. C’est une amende forfaitaire, émise sur place par les forces de l’ordre lors d’un contrôle.
Pour beaucoup, le choc vient autant du montant que de la surprise elle-même. « Je pensais que c’était juste mal vu, pas interdit », confie Sylvie, contrôlée en janvier 2025 devant l’arrêt de bus de son quartier à Lyon. « 135 euros pour une cigarette, ça fait réfléchir. »
Ce type de verbalisation n’est pas anecdotique. Plusieurs villes françaises ont intensifié les contrôles ces derniers mois, notamment autour des zones scolaires et des transports en commun. À Marseille, à Toulouse, à Lille, les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les forums locaux.
Comment éviter la sanction sans renoncer à sa pause cigarette ?
La bonne nouvelle, c’est qu’il suffit de très peu pour rester dans les clous. Voici les gestes simples qui permettent d’échapper à l’amende :
- Ne pas allumer votre cigarette tant que vous êtes sous l’abribus ou à l’intérieur de sa structure couverte
- Faire quelques pas à l’écart, hors de la zone abritée, avant d’allumer
- Rester vigilant aux abords des écoles : l’interdiction s’étend généralement aux portails et aux trottoirs immédiats
Quelques mètres de distance suffisent pour transformer un geste interdit en geste toléré.
Concrètement, cela signifie reculer de 3 à 5 mètres de l’abribus, ou attendre d’être monté dans le bus pour éteindre définitivement sa cigarette. Un ajustement minimal, qui évite pourtant une amende salée.
Pourquoi cette règle reste si peu connue du grand public ?
L’une des raisons principales de cette méconnaissance tient à l’absence d’affichage systématique. Contrairement aux lieux publics fermés — où des panneaux « Défense de fumer » sont omniprésents —, les abribus ne comportent que rarement une signalétique claire. Résultat : la plupart des fumeurs découvrent l’interdiction au moment du contrôle.
Par ailleurs, cette règle n’a pas fait l’objet d’une grande campagne de communication nationale. Elle découle de textes réglementaires adoptés progressivement, sans événement médiatique marquant pour les ancrer dans l’esprit collectif. Les fumeurs réguliers, habitués à leur routine matinale, n’ont donc aucune raison de remettre en question un geste qu’ils répètent depuis des années.
Autre facteur : la tolérance variable selon les zones. Dans certaines villes ou certains quartiers, les contrôles sont rares, voire inexistants. Cette disparité crée un sentiment de flou. « Ici, personne ne dit jamais rien », résume Thomas, fumeur à Bordeaux. Jusqu’au jour où une patrouille passe.
Que faire si vous avez déjà reçu une amende ?
Si vous avez été verbalisé pour avoir fumé dans un abribus ou aux abords d’une école, plusieurs options s’offrent à vous :
- Payer l’amende dans les délais pour bénéficier du tarif forfaitaire de 135 euros
- Contester l’amende par courrier recommandé si vous estimez qu’elle a été émise à tort (par exemple, si vous étiez hors de la zone interdite)
- Demander un échéancier de paiement en cas de difficultés financières
Attention toutefois : contester une amende ne suspend pas automatiquement le paiement. Il est conseillé de se renseigner auprès des services compétents avant d’engager une démarche de contestation, afin d’éviter les majorations pour retard.
En cas de doute sur la localisation exacte de l’infraction, une photo de l’arrêt de bus ou un relevé GPS peut constituer un élément de défense. Mais dans la pratique, les marges de manœuvre restent limitées : si vous étiez effectivement sous l’abribus, l’infraction est caractérisée.
Ce qui paraissait être un geste anodin s’inscrit désormais dans un cadre réglementaire strict, appliqué de façon croissante sur le terrain. Mieux vaut connaître ces règles avant de les découvrir, cigarette en main, au moment où la patrouille s’arrête à votre hauteur.


