Mi-juin dans le verger : pourquoi ces tiges verticales menacent vos pommes
Ces pousses qui filent vers le ciel ne donneront jamais de fruits, mais vont épuiser votre pommier juste au moment où ses pommes en ont le plus besoin.
Un mardi de mi-juin, jardinière à la main, Martine promène son regard le long de son vieux pommier planté il y a douze ans. Entre le feuillage dense, elle remarque cinq ou six tiges extraordinairement droites, écorce lisse et verdâtre, qui pointent vers le ciel comme de jeunes antennes. « De nouvelles branches, se dit-elle, l’arbre rajeunit. » Pourtant, ce qu’elle prend pour une bonne nouvelle est en réalité le signe d’une razzia silencieuse : ces pousses ne portent pas de fruits, mais pompent la sève destinée aux pommes déjà en formation. Savoir les identifier et les couper sans attendre change tout pour la récolte d’automne.
Que sont réellement ces pousses verticales qui apparaissent en juin ?
En botanique, on les appelle « gourmands ». Leur nom dit tout : ces tiges consomment énormément sans rien produire. Contrairement aux branches fruitières qui s’étalent horizontalement, les gourmands poussent à la verticale, souvent depuis une branche charpentière ou directement du tronc. Leur écorce est plus claire, leur bois tendre et flexible.
Ces pousses filent vers la lumière en captant une part démesurée de l’eau et des nutriments puisés par les racines.
Résultat : le pommier gaspille son énergie dans une croissance stérile. Les vraies branches, celles qui portent les fruits, se retrouvent privées de sève au moment critique de la formation des pommes. Dans les jardineries de nos régions, les conseillers en culture raisonnée rappellent souvent ce principe simple : un arbre qui nourrit ses gourmands affame ses fruits.
Pourquoi la mi-juin est-elle le moment décisif pour agir ?
En ce moment précis, les jeunes pommes sont en pleine croissance. Elles ont besoin d’un maximum de sève pour développer leur chair, leur calibre et leurs sucres. Or c’est exactement à cette période que les gourmands atteignent leur pic de développement. Si on les laisse grandir tout l’été, ils vont détourner les ressources vitales destinées aux fruits.
Intervenir dès la mi-juin présente trois avantages concrets :
- On redirige la sève vers les pommes en formation
- On évite que le feuillage dense des gourmands ne crée une zone d’ombre néfaste
- Les plaies cicatrisent vite grâce à la montée de sève active
Cette taille en vert, pratiquée en pleine végétation, épuise aussi la capacité de repousse de ces tiges indésirables. Contrairement à une taille d’hiver, couper en juin stoppe net leur développement. C’est une fenêtre d’action brève mais décisive.
Quel impact réel sur la qualité et la quantité de votre récolte ?
Un pommier qui nourrit quatre ou cinq gourmands vigoureux peut perdre jusqu’à 20–30 % de sa production en fruits. Mais au-delà du nombre, c’est surtout la qualité qui s’effondre. Les pommes restent petites, mal colorées, pauvres en sucre. Le feuillage trop dense empêche la lumière d’atteindre les fruits, qui peinent à mûrir correctement.
Supprimer les gourmands libère la circulation interne de l’arbre et permet aux pommes de grossir dans de meilleures conditions.
En jardinerie, on vend parfois des fertilisants ou des stimulateurs de fruits. Mais avant d’investir dans ces produits, la suppression des gourmands reste le geste le plus efficace et gratuit. C’est une méthode mécanique, écologique, qui respecte le rythme naturel de l’arbre.
Comment couper proprement sans blesser votre pommier ?
La technique ne demande ni savoir-faire pointu ni matériel sophistiqué. Il vous faut simplement un sécateur bien aiguisé et propre. Idéalement, passez la lame à l’alcool à brûler avant de commencer, surtout si vous taillez plusieurs arbres.
Voici la marche à suivre :
- Repérez chaque gourmand à sa base, là où il part de la branche mère
- Positionnez la lame du sécateur au ras de l’écorce, sans entamer le bourrelet cicatriciel
- Coupez d’un coup sec et net, pour éviter d’écraser les tissus
- Ne laissez pas de chicot, qui favoriserait les reprises ou les infections
En pleine période de végétation, la cicatrisation se fait en quelques jours. La plaie se referme naturellement, sans besoin de mastic à cicatriser. Le pommier réagit vite et redirige immédiatement la sève vers les branches restantes.
Faut-il surveiller la repousse après la première coupe ?
Oui, mais sans inquiétude excessive. Un gourmand coupé en juin a peu de chances de repartir dans l’année en cours. En revanche, certains pommiers vigoureux ou mal équilibrés peuvent produire de nouveaux gourmands en juillet ou août. Un coup d’œil rapide toutes les deux semaines suffit.
Si vous repérez une nouvelle pousse verticale, coupez-la sans attendre. Plus elle est jeune, plus elle est facile à supprimer et moins elle aura pompé de ressources. Certains jardiniers préfèrent pincer les jeunes gourmands à la main, dès leur apparition, quand ils sont encore tendres. C’est une pratique douce, qui limite les interventions au sécateur.
L’essentiel est de ne jamais laisser un gourmand s’installer durablement dans la ramure.
Que faire des tiges coupées : compost ou déchet vert ?
Une fois coupés, les gourmands peuvent rejoindre le tas de compost, à condition de les fragmenter un peu. Leur bois tendre se décompose assez vite. Évitez simplement d’en mettre trop d’un coup : mélangez-les avec des matières brunes (feuilles sèches, carton) pour équilibrer le compost.
Si votre pommier a été traité récemment, même avec des produits bio, mieux vaut déposer les tiges dans la collecte des déchets verts de votre commune. Certaines municipalités récupèrent ces résidus pour en faire du broyat ou du paillage collectif.
En aucun cas il ne faut laisser les gourmands au pied de l’arbre : ils peuvent repousser par bouturage involontaire ou servir de refuge à des ravageurs.
Un geste simple qui honore le cycle naturel du verger
Supprimer les gourmands en juin, c’est accepter que la nature ne fait pas toujours les bons choix pour nos besoins. Le pommier pousse selon sa propre logique : privilégier la hauteur et la lumière. À nous de guider cette énergie vers ce qui nous importe : des fruits savoureux, bien calibrés, mûrs à point pour l’automne.
Cette petite vigilance estivale transforme véritablement le rendement et l’apparence du verger. En levant les yeux vers la ramure, sécateur en main, on adopte une pratique douce et efficace, sans chimie, sans dépense. Et peut-être qu’en septembre, devant vos paniers de pommes rouges et sucrées, vous repenserez à ce mardi de juin où vous avez libéré votre arbre de ses faux-amis.


