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2026 : votre radiateur électrique interdit dans le neuf — le système qui s’impose à la place

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2026 : votre radiateur électrique interdit dans le neuf — le système qui s’impose à la place

Depuis le 1er janvier 2022, le convecteur électrique mural a disparu des plans de construction neuve en France sans qu’aucun décret ne l’interdise formellement — un calcul réglementaire invisible l’a rendu impossible à installer.

Un jeudi matin de décembre 2021, dans un bureau d’études thermiques de Nantes, un ingénieur clique sur « valider » dans son logiciel de calcul RE2020. Le résultat tombe en rouge : « Non conforme ». Le plan prévoit des radiateurs électriques classiques dans une maison neuve de 110 m². Impossible. Depuis cette date, un objet familier a quitté discrètement le paysage du bâtiment neuf : le convecteur à effet Joule, ce radiateur blanc vissé au mur que des millions de Français connaissent, parfois surnommé « grille-pain » par les professionnels. Il n’a pas été interdit par décret — il a été mis hors jeu par les chiffres.

Pourquoi la RE2020 a tué le radiateur électrique sans l’interdire formellement

La Réglementation Environnementale 2020 ne dresse aucune liste noire, mais elle fixe des seuils de consommation que le chauffage électrique direct ne peut plus franchir. Le CEPnr — consommation d’énergie primaire non renouvelable — plafonne désormais à 12 kWhep/m²/an pour le chauffage. Un convecteur électrique transforme 1 kWh d’électricité en exactement 1 kWh de chaleur, rien de plus. Ce rendement 1:1 le condamne mécaniquement.

Aucune isolation, aussi performante soit-elle, ne permet à un logement chauffé par effet Joule de passer sous ce seuil.

S’ajoute une deuxième barrière : l’indicateur Icénergie, qui impose un plafond carbone de 4 kg CO₂/m²/an pour la maison individuelle sur 50 ans. Le gaz à condensation seul ne respecte plus cette limite non plus. En trois ans, la réglementation a rendu obsolètes les deux piliers du chauffage résidentiel français du XXe siècle : le convecteur électrique et la chaudière au gaz.

  • CEPnr limité à 12 kWhep/m²/an pour le chauffage
  • Icénergie plafonné à 4 kg CO₂/m²/an sur 50 ans
  • Les radiateurs électriques classiques dépassent systématiquement ces deux seuils
  • Les chaudières gaz à condensation également hors course

98 % de pompes à chaleur dans le neuf : le basculement vertigineux

La pompe à chaleur a gagné par défaut, mais avec une efficacité redoutable. En 2025, près de 98 % des maisons individuelles neuves en sont équipées, selon les données de l’Uniclima, le syndicat professionnel de la filière. Un basculement quasi total en trois ans d’application de la RE2020.

Le secret de cette domination tient dans un chiffre : le COP, coefficient de performance. Une PAC produit 3 à 5 fois plus d’énergie thermique qu’elle n’en consomme électriquement. Elle prélève les calories dans l’air extérieur ou le sol et les restitue à l’intérieur. Ce multiplicateur d’énergie est exactement ce que la RE2020 valorise dans ses calculs.

Une maison neuve type aujourd’hui : plus compacte, sur vide-sanitaire, et équipée d’une pompe à chaleur air/eau qui chauffe un circuit de radiateurs ou de plancher chauffant.

L’Observatoire des modes constructifs du Pôle habitat FFB confirme : 9 maisons neuves sur 10 sortent de terre avec une PAC. La PAC air/eau est devenue la référence, mais d’autres solutions restent compatibles avec la RE2020 : poêle à granulés, PAC hybride, réseau de chaleur urbain. Chacune obéit à la même logique : un rendement énergétique élevé et une empreinte carbone réduite.

Que devient le radiateur électrique dans tout ça ?

Le convecteur n’a pas totalement disparu — il a été relégué au rang d’appoint. En RE2020, les radiateurs électriques ne peuvent plus constituer le système de chauffage principal. On peut encore en installer deux ou trois dans des pièces secondaires, une salle de bains ou un bureau à l’étage, mais ils complètent désormais un autre système : pompe à chaleur, poêle à bois ou réseau de chaleur.

Pour un logement chauffé à l’électricité, il faudrait compenser par un Bbio — besoin bioclimatique — extrêmement bas, c’est-à-dire une enveloppe thermique surperformante. Isolation renforcée, triple vitrage, étanchéité à l’air maximale. Techniquement possible, économiquement déraisonnable. Résultat : les professionnels ne le proposent plus.

2026 et au-delà : la vis se resserre encore

Le 1er janvier 2026, la RE2020 s’est étendue à dix nouvelles catégories de bâtiments tertiaires : hôtels, restaurants, commerces, crèches, EHPAD, gymnases, aérogares. Et dès le 1er janvier 2025, elle a durci ses exigences pour le résidentiel, imposant des plafonds d’émissions plus stricts.

La trajectoire réglementaire s’articule en trois paliers : après le seuil 2025, viendra le seuil 2028, puis le seuil 2031. Pour les maisons individuelles, l’Ic construction descendra à 415 kg CO₂/m² en 2031, soit une réduction de 1,5 par rapport aux seuils actuels. Chaque palier rend un peu plus difficile l’utilisation de solutions fossiles ou à faible rendement.

Le 10 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré qu’il ne serait plus possible d’installer des chaudières au gaz dans les constructions neuves dès la fin 2026 — une annonce qui officialise ce que la RE2020 avait déjà inscrit dans les calculs depuis 2022.

La RE2020 avait en effet rendu impossible l’installation de chaudières au gaz dans les logements individuels neufs dès 2022, et dans les logements collectifs neufs depuis 2025. L’annonce de Lecornu vient simplement fermer la porte définitivement.

Ce que ça coûte et ce que ça rapporte à un futur propriétaire

Pour quiconque fait construire aujourd’hui, l’équation est simple : pas de convecteur au mur, pas de chaudière gaz dans le garage. Le surcoût à l’installation est réel. Une pompe à chaleur coûte souvent trois fois plus cher qu’un équipement électrique classique. Compter entre 8 000 et 15 000 € selon la surface et le type de PAC, contre 3 000 à 5 000 € pour des radiateurs électriques.

Mais cet écart s’amortit sur la durée de vie du bâtiment. La PAC produit plusieurs kilowattheures de chaleur pour chaque kilowattheure consommé, là où le convecteur fait du 1:1. Sur une facture annuelle, cela représente une division par trois ou quatre de la consommation électrique pour le chauffage.

  • Coût d’une PAC air/eau : 8 000 à 15 000 €
  • Coût de radiateurs électriques classiques : 3 000 à 5 000 €
  • Économie annuelle sur la facture de chauffage : jusqu’à 70 % avec une PAC
  • Objectif gouvernemental : 1 million de PAC produites en France d’ici 2027

Le logement chauffé électriquement doit compenser avec une enveloppe thermique très performante, donc une isolation renforcée. Ce renforcement, imposé par la réglementation, devient bénéfique sur le long terme : moins de déperditions, meilleur confort, valeur patrimoniale accrue.

Une filière entière en reconversion

Le gouvernement maintient un objectif de 1 million d’unités de pompes à chaleur produites en France d’ici 2027. Un pari industriel autant qu’un impératif climatique. Derrière l’interdiction du « grille-pain », c’est une mutation massive qui se joue : fabricants de radiateurs, installateurs chauffagistes, bureaux d’études thermiques doivent tous réapprendre leur métier.

Certains acteurs historiques du convecteur électrique se sont reconvertis dans la PAC en quelques années. D’autres ont disparu. Les formations d’installateurs intègrent désormais systématiquement la manipulation des fluides frigorigènes et la mise en service de PAC. Une reconversion qui, pour le secteur du bâtiment, ne fait que commencer et dont les effets se mesureront sur une décennie entière.