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Staycations : pourquoi un million d’Européens renoncent aux vols cet été

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Staycations : pourquoi un million d’Européens renoncent aux vols cet été

Les tarifs aériens qui flambent et la peur d’une pénurie de kérosène poussent les familles à transformer leur jardin en destination de vacances — et cette tendance ne ressemble pas à un repli temporaire.

Un mardi matin de mai, dans une jardinerie de la banlieue lyonnaise, une cliente charge dans son coffre un banc en teck, trois guirlandes lumineuses et un salon de jardin en résine tressée. Elle hésite un instant devant une tente deux places, puis la prend aussi. « Cette année, on reste », lâche-t-elle en refermant le hayon. Pas de billets d’avion, pas de réservation d’hôtel : le budget part dans le jardin. Cette scène pourrait sembler anodine, mais elle révèle un mouvement de fond qui redessine l’été 2025 en Europe. Les staycations — ces vacances passées chez soi ou tout près — ne sont plus un choix par défaut : elles deviennent un art de vivre revendiqué.

Pourquoi les prix des voyages deviennent-ils intenables ?

Les tarifs des vols, de l’hébergement et même des repas au restaurant explosent depuis deux ans. Pour une famille de quatre personnes, une semaine à Barcelone ou à Rome peut désormais dépasser les 3 000 €, transport et logement compris. S’ajoutent les incertitudes autour du kérosène : plusieurs compagnies aériennes ont déjà averti que la disponibilité de carburant pourrait se tendre durant l’été, entraînant de nouvelles hausses tarifaires ou des annulations de vols.

L’accessibilité financière est devenue le premier critère de choix pour les vacances, devant la destination elle-même.

Nikki MacLeod, directrice du Centre de recherche en tourisme et marketing, confirme : « La hausse du coût de la vie et du voyage, ainsi que les préoccupations actuelles concernant la disponibilité du kérosène, sont assurément des facteurs majeurs qui alimentent cette tendance. De nombreux consommateurs visent désormais à réduire leurs dépenses liées aux voyages, tout en s’octroyant toujours des congés durant les mois d’été. »

Résultat : des millions de foyers reportent leurs projets à l’international, non pas faute d’envie, mais parce que les chiffres ne passent plus. On ne parle plus de voyager moins cher, mais de voyager autrement — ou pas du tout.

Que nous ont appris les confinements de 2020 et 2021 ?

Pourtant, l’argent n’explique pas tout. Les restrictions sanitaires de la pandémie ont laissé des traces durables dans nos façons de concevoir les vacances. Pendant les confinements, des millions d’Européens ont exploré leur quartier, leur région, leur jardin — parfois pour la première fois. Beaucoup y ont découvert des plaisirs insoupçonnés : le silence d’un matin sans avion à prendre, la liberté de ne pas cocher une liste d’attractions, le confort de dormir dans son lit.

« Les confinements de 2020 et de 2021 ont encouragé les gens à explorer leur région, précise MacLeod. Beaucoup ont réalisé qu’il y avait des expériences précieuses à portée de main, et qu’ils ne regrettaient pas le stress associé aux voyages. En conséquence, nombreux sont ceux qui ont conservé ces nouvelles habitudes. »

On est passé d’une obligation de rester chez soi à un choix conscient de ne pas partir loin.

Wenjie Cai, maître de conférences en tourisme à l’Université de Greenwich, va dans le même sens : « On est passé d’une obligation de rester dans le pays ou à la maison, à un choix conscient des personnes de rester près de chez elles, en raison de la hausse du coût de la vie. »

Le slow living remplace-t-il le globe-trotting ?

Une autre lame de fond traverse l’Europe : le slow living, cette philosophie qui valorise la lenteur, la simplicité et le retour aux gestes du quotidien. Faire son pain, cultiver ses tomates, aménager son balcon, passer un dimanche sans agenda — autant de micro-plaisirs qui trouvent un écho puissant sur les réseaux sociaux.

Les influenceurs lifestyle mettent en scène des jardins transformés en oasis, des terrasses éclairées aux guirlandes, des brunchs sous la tonnelle. Le prestige social, autrefois attaché aux selfies devant la tour Eiffel ou les plages de Santorin, migre vers un autre récit : celui du cocooning assumé, du confort chez soi, de la maîtrise de son temps.

« Voyager fréquemment en avion et mener une vie de globe-trotter ne présentent plus le même prestige social qu’avant, observe Nikki MacLeod. À l’inverse, passer les vacances à la maison est souvent associé à un certain prestige discret désormais. »

Cette évolution dépasse la question budgétaire. Certains foyers qui pourraient partir choisissent malgré tout de rester. Ils recherchent la qualité du temps passé, le bien-être, l’absence de pression. Ils veulent des vacances où l’on ne court pas.

Comment transformer son jardin en destination de vacances ?

Les jardineries et les enseignes de mobilier d’extérieur enregistrent une forte demande depuis le printemps 2025. Salons de jardin, bancs en bois, hamacs, parasols déportés, éclairages solaires, tentes pour enfants : tout ce qui permet de vivre dehors se vend bien.

Le détaillant en ligne vidaXL, spécialisé dans les solutions abordables pour la maison et le jardin, rapporte un intérêt grandissant pour les meubles de détente d’extérieur et les accessoires de jardin à l’approche de l’été 2026. Sa gamme inclut :

  • Des tentes et abris
  • Des bancs de jardin
  • Du mobilier de terrasse
  • Des ensembles de repas en plein air
  • Des accessoires décoratifs

L’enseigne met en avant des prix compétitifs et une offre étendue, visant à rendre la vie en plein air accessible même aux budgets serrés. L’expérience d’achat, décrite comme une « chasse au trésor », répond à une clientèle qui veut créer son propre univers estival sans se ruiner.

Certaines familles vont jusqu’à planter une tente dans leur jardin pour recréer l’ambiance du camping, feu de camp et guimauves comprises.

« Les réseaux sociaux et les émissions de télévision centrées sur le lifestyle inspirent les personnes à créer leur propre cadre de vacances à la maison », souligne MacLeod.

Les staycations sont-elles une tendance durable ou un effet de mode ?

Tout porte à croire que ce mouvement ne s’arrêtera pas avec la fin de l’été. Les contraintes économiques persistent, les préoccupations climatiques montent, et les comportements acquis durant la pandémie se stabilisent. La hausse du coût de la vie, l’instabilité mondiale, la sensibilité écologique : tous ces facteurs convergent pour ancrer durablement les staycations dans les habitudes européennes.

« Le changement climatique, l’instabilité mondiale et la hausse du coût de la vie suggèrent tous que les staycations pourraient bien être plus qu’une tendance passagère », affirme Nikki MacLeod.

Il ne s’agit plus seulement de renoncer aux voyages lointains par obligation, mais de réinventer ce que signifie « partir ». Pour beaucoup, partir, c’est désormais se reconnecter à son espace, sortir une table pliante, allumer des bougies et décider que, finalement, l’aventure commence au pas de la porte.