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Collète du lierre : cette abeille solitaire meurt sans le lierre

AI-illustration

Collète du lierre : cette abeille solitaire meurt sans le lierre

La Colletes hederae ne survit que quelques semaines en automne, et sans les fleurs de lierre pour nourrir ses larves, l’espèce disparaît.

Un matin de septembre, dans un jardin de banlieue parisienne. Une femme observe des dizaines de petits trous dans la terre fraîchement retournée de son potager. Elle pense d’abord à des guêpes, hésite à boucher les orifices. Puis elle remarque les allées et venues : chaque insecte a son propre terrier. Ce ne sont ni des guêpes ni des frelons, mais des collètes du lierre, ces abeilles sauvages dont l’existence dépend d’une seule plante. Identifiée seulement en 1993, cette espèce était jusqu’alors confondue avec d’autres membres de la famille des Colletidae. Pourquoi cette abeille ne peut-elle survivre sans le lierre ?

Qui est la collète du lierre ?

La Colletes hederae, ou collète du lierre, mesure environ 13 mm de long chez les femelles et 10 mm chez les mâles. Elle est plus petite que les abeilles domestiques sélectionnées par les apiculteurs. Son corps allongé porte des bandes jaune pâle franchement dessinées sur l’abdomen et un thorax poilu de couleur brun roux.

Contrairement aux abeilles domestiques, elle ne possède pas de corbeille à pollen.

Elle transporte le pollen grâce à de très longs poils présents sur ses pattes, également munies de crochets. Cette adaptation lui permet de récolter efficacement le pollen des fleurs de lierre, sa ressource quasi exclusive.

Quand peut-on observer cette abeille ?

La collète du lierre est active vers la fin de l’été, contrairement aux abeilles domestiques qui butinent du printemps à l’été. Les mâles apparaissent en premier, vers la fin du mois d’août. Les femelles suivent début septembre. Leur durée de vie ne dépasse pas quelques semaines : les adultes ne survivent pas à l’hiver.

Seules les larves et les nymphes résistent au froid dans leurs terriers souterrains. Cette synchronisation parfaite avec la floraison du lierre explique pourquoi l’espèce ne peut subsister sans cette plante grimpante.

Pourquoi ces abeilles ne sont-elles pas agressives ?

Il n’existe aucune organisation sociale structurée autour d’une reine chez les collètes. Ces abeilles solitaires sont, en quelque sorte, toutes des reines. Chaque femelle creuse son propre nid, pond ses propres œufs, assure seule l’approvisionnement de sa descendance.

Sans ruche ni reine à défendre, elles n’ont aucune raison d’être agressives.

Si vous observez du lierre en fleurs en automne et que des abeilles le butinent, vous pouvez les approcher sans crainte. Leur comportement pacifique contraste avec celui des abeilles domestiques, prêtes à piquer pour protéger leur colonie.

Comment reconnaître leurs nids dans votre jardin ?

Les collètes du lierre constituent une espèce terricole. Chaque femelle creuse dans le sol meuble — terre fraîchement retournée de jardin ou sol sablonneux — un terrier pouvant atteindre entre un et deux mètres de profondeur. Elle n’utilise pas de cavités naturelles ni de troncs d’arbres comme d’autres abeilles sauvages.

Parfois, ces terriers sont si proches les uns des autres qu’ils forment de véritables « bourgades ». Pour différencier ces nids de ceux des guêpes ou des frelons, observez les entrées :

  • Les guêpes et frelons créent une entrée unique pour toute la colonie
  • Les collètes ont chacune leur propre trou de 5 à 10 cm de diamètre
  • Une même zone peut compter une multitude d’orifices individuels

Quel lien vital unit la collète au lierre ?

Le cycle de vie de la collète du lierre est synchronisé sur celui du lierre. Les mâles émergent au début de la floraison de cette plante, suivis des femelles. Celles-ci récoltent alors le pollen et le nectar des fleurs de lierre qu’elles transforment en bouillie pour garnir les loges où les œufs ont été pondus.

À l’éclosion, les larves se développent en se nourrissant exclusivement de ces réserves. Sans ce pollen salvateur, les larves meurent, car c’est leur nourriture pratiquement exclusive. Quelques astéracées peuvent compléter le régime, mais le lierre reste indispensable.

Sans lierre en fleurs, pas de collètes : l’équation est aussi simple que brutale.

Comment aider ces abeilles à survivre ?

Préserver les collètes du lierre, c’est assurer la pollinisation croisée du lierre lui-même. Cette interaction permet la production de fruits et le renouvellement de l’espèce végétale. Les collètes contribuent ainsi à la biodiversité dans nos jardins et nos espaces verts.

Voici trois gestes concrets pour les protéger :

  1. Plantez du lierre — son feuillage persistant offre de la verdure toute l’année et peut masquer un mur ou un abri peu esthétique
  2. Ne taillez pas votre lierre fin août-début septembre — laissez-lui le temps de fleurir pour que de nombreux insectes profitent de ce refuge et de ce garde-manger
  3. Attendez les premiers froids pour tailler, ou mieux encore, le printemps — évitez dans tous les cas les tailles trop sévères qui suppriment les fleurs

Ces abeilles discrètes, identifiées il y a trente ans seulement, dépendent d’un seul calendrier végétal. Si le lierre disparaît de nos jardins ou fleurit trop peu, c’est toute une espèce qui s’éteint en silence, terrier après terrier.