Marcottage au jardin : la technique que 80 % des jardiniers ignorent encore
Multiplier vos plantes préférées sans acheter de nouveaux plants ni risquer l’échec d’une bouture : le marcottage permet cela, mais peu de jardiniers français le maîtrisent vraiment.
Un samedi matin de mars, dans un jardin de banlieue lyonnaise. Une jardinière — appelons-la Claire — se penche sur un pied de chèvrefeuille luxuriant. Elle plie une longue tige souple vers le sol, l’épingle avec un petit arceau métallique et recouvre une section de terreau. Pas de sécateur, pas de séparation brutale. Dans trois mois, cette tige aura produit ses propres racines, toujours nourrie par la plante mère. C’est le principe du marcottage : une reproduction végétale qui fonctionne comme une assurance-vie pour la nouvelle plante.
Qu’est-ce que le marcottage exactement ?
Le marcottage désigne une multiplication naturelle des plantes, aussi appelée reproduction asexuée ou multiplication végétative. Concrètement, on provoque l’apparition de racines sur une tige encore attachée à la plante d’origine.
La différence essentielle avec le bouturage ? La tige reste solidaire de la plante mère pendant tout le processus d’enracinement.
On peut marcotter aussi bien un fraisier qu’un tilleul, une glycine ou un framboisier. La seule condition : que la plante possède des tiges suffisamment souples pour être couchées au sol ou manipulées sans casser.
Pour les plantes d’extérieur, la période idéale s’étend du printemps à l’automne. En intérieur, le marcottage se pratique toute l’année.
Pourquoi le marcottage réussit mieux que le bouturage ?
Bouturage et marcottage poursuivent le même objectif : multiplier les plants en déclenchant la pousse de racines sur une tige mise au contact de la terre. Mais leurs taux de réussite diffèrent sensiblement.
Avec le bouturage, on coupe d’abord la tige, puis on tente de la faire s’enraciner. Elle doit survivre seule dès le premier jour. Avec le marcottage, la tige continue à recevoir eau et nutriments de la plante mère pendant des semaines, parfois des mois, jusqu’à ce que ses propres racines soient vigoureuses.
Résultat : des plants plus avancés et une reprise quasi garantie, même pour les espèces difficiles à bouturer.
Le revers de la médaille ? On ne peut obtenir que quelques plants à la fois, contre des dizaines avec des boutures ou des semis. Le marcottage est une technique d’artisan, pas de production industrielle.
Marcottage par couchage : la méthode la plus simple
C’est la porte d’entrée du marcottage, idéale pour débuter.
On choisit un rameau vigoureux, sans fleur, situé à proximité du sol. On retire les feuilles sur la section qui sera enterrée. On creuse ensuite un trou d’environ 5 cm de profondeur.
- Coucher le rameau dans le trou
- Faire une légère entaille oblique sous un nœud de feuille — sur la moitié de l’épaisseur, pas plus
- Fixer la tige avec un crochet en U
- Relever l’extrémité avec un tuteur
- Recouvrir de terreau et arroser
Certains jardiniers insèrent un grain de blé dans l’entaille pour maintenir l’ouverture et stimuler l’enracinement. Au bout de quelques mois, on vérifie la présence de racines avant de sevrer le nouveau plant.
Cette méthode fonctionne particulièrement bien sur le chèvrefeuille, la clématite ou la glycine.
Marcottage en serpenteau : produire plusieurs plants d’un coup
Variante du marcottage par couchage, le marcottage en serpenteau permet de multiplier le nombre de plants obtenus à partir d’un seul rameau.
On sélectionne une longue tige souple que l’on couche au sol. Puis on creuse plusieurs trous successifs de 5 cm de profondeur le long de cette tige. Chaque section enterrée produira ses propres racines.
Un seul rameau peut donner naissance à trois, quatre, parfois cinq nouveaux plants simultanément.
Cette technique se pratique au début du printemps sur des branches dormantes, ou en fin d’été sur des branches matures. Elle convient parfaitement au framboisier, à la glycine ou à la clématite — toutes plantes à tiges longues et souples.
Marcottage par buttage : la méthode pour les plantes en touffe
Lavande, sauge, thym : ces plantes aromatiques qui poussent en touffe répondent bien au marcottage par buttage.
Le principe diffère des autres techniques. On commence par tailler les branches, puis on recouvre la base de la plante — les pieds — avec un mélange de terreau et de compost. Des rameaux apparaissent ensuite sur les extrémités coupées. C’est là qu’on surveille l’apparition de nouvelles racines.
On pratique cette technique en fin d’hiver pour pouvoir prélever les jeunes plants dès l’automne. Il faut conserver le maximum de racines lors du sevrage.
Marcottage aérien : pour les branches qui ne touchent pas le sol
Certaines plantes — arbustes, plantes d’intérieur de grande taille — présentent des branches trop hautes ou trop rigides pour être couchées au sol. Le marcottage aérien résout ce problème, mais demande un peu plus de doigté.
On choisit un rameau d’au moins 1 cm d’épaisseur. Après avoir retiré les feuilles sur une section, on pratique une incision oblique — toujours sur la moitié de la largeur, pas davantage.
- Appliquer une hormone de bouturage sur la partie incisée
- Entourer d’une couche de terreau humide
- Maintenir le tout avec un sachet plastique transparent fixé par du raphia ou du fil
Les racines se développent à l’intérieur du sachet — on les voit apparaître à travers le plastique.
Quand elles sont assez vigoureuses, on coupe le rameau sous les nouvelles racines et on plante le nouveau sujet. Cette technique ne donne qu’un plant à la fois, mais on peut la répéter sur plusieurs tiges.
Si le marcottage échoue, pas de panique : la plante cicatrise facilement et ne souffre pas de l’incision. On recommence simplement.
Période recommandée : mai à juillet pour les plantes d’extérieur, toute l’année pour les plantes en pot sous abri.
Marcottage par long bois : pour les rameaux matures
Le marcottage par long bois s’applique sur une très longue portion de rameau — d’où son nom. La technique rappelle celle du marcottage par couchage, mais à plus grande échelle.
On creuse un trou de la longueur du rameau choisi. On fixe ce rameau au sol avec plusieurs crochets en U, puis on le recouvre de terreau et de compost. Plusieurs sections produiront des racines.
Pour une branche mature, on privilégie la fin d’été. Pour une branche dormante, le début du printemps convient mieux.
Cette méthode s’avère particulièrement efficace sur le noisetier et le chèvrefeuille.
Pourquoi adopter le marcottage dans votre jardin ?
Le marcottage fonctionne sur presque toutes les plantes, d’intérieur comme d’extérieur. Il n’endommage jamais la plante mère et garantit l’alimentation continue de la tige marcottée jusqu’à ce qu’elle soit autonome.
Ce lien prolongé avec la plante d’origine produit des racines vigoureuses et en bonne santé. Même les espèces réputées difficiles à enraciner — certaines variétés de rosiers, par exemple — se multiplient plus facilement par marcottage que par bouture.
C’est une assurance-réussite pour le jardinier amateur qui veut multiplier ses plantes préférées sans risque ni achat.
La technique demande de la patience — quelques mois entre le début du marcottage et le sevrage — mais dispense d’un matériel compliqué. Un crochet métallique, du terreau, parfois un sachet plastique : rien de plus.
Le printemps approche. Une longue tige souple sur votre glycine ou votre framboisier attend peut-être d’être couchée au sol. Dans six mois, vous pourrez l’offrir à un voisin ou garnir un coin vide du jardin — sans avoir dépensé un centime en jardinerie.


