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BRF au jardin : pourquoi cette technique canadienne divise encore

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BRF au jardin : pourquoi cette technique canadienne divise encore

Le bois raméal fragmenté promet un sol fertile sans engrais, mais son utilisation exige une anticipation précise sous peine de priver vos plantes d’azote au pire moment.

Un matin de novembre, en ramassant les branches tombées après la taille des chênes, un jardinier amateur découvre qu’il peut transformer ces déchets verts en or brun pour son potager. Pas en les brûlant, ni en les portant à la déchetterie. En les broyant. Cette matière obtenue porte un nom précis — bois raméal fragmenté, ou BRF — et elle divise encore aujourd’hui ceux qui jardinent : miracle écologique pour les uns, piège à azote pour les autres. Alors, faut-il vraiment pailler son jardin avec du bois broyé ?

D’où vient cette technique venue du froid ?

Le BRF n’est pas une mode récente. Cette méthode a été développée au Canada dans les années 70, après une expérimentation menée par l’université Laval au Québec. Les chercheurs ont observé que le bois coupé en morceaux favorise le développement de champignons qui jouent un rôle clé dans la décomposition et permettent de créer un biotope proche d’un sol forestier autosuffisant. Un humus riche se forme alors naturellement.

Concrètement, le BRF est le nom donné au broyat de jeunes rameaux ligneux de feuillus avec de la sève et des bourgeons. Les essences principalement utilisées sont le chêne, le frêne et l’acacia. On obtient ce matériau à partir de branches de 5 à 7 cm de diamètre environ, âgées de 2 à 3 ans maximum. L’âge compte, car les jeunes branches concentrent les parties les plus riches de l’arbre.

Comment l’installer concrètement dans votre jardin ?

Les avis sur la mise en place du BRF restent partagés, et les procédés d’utilisation varient. Vous pouvez l’installer en guise de paillage à l’automne ou au printemps, une fois que les cultures sont en place et que le sol s’est réchauffé.

Dans ce cas, le BRF apporte des bénéfices considérables : la terre devient plus granuleuse, plus noire, et accueille de nombreux vers de terre, les meilleurs ouvriers pour travailler le sol.

Pour l’épaisseur, comptez :

  • 1 à 2 cm si votre terre est lourde
  • Jusqu’à 6 cm pour les terres plus légères

Il suffit de le laisser en surface. Après 2 à 3 ans, lorsqu’il se sera transformé en humus, vous pourrez le renouveler. Si vous optez pour du BRF d’acacia, les limaces se tiendront à distance, ce qui ne sera pas le cas avec les autres essences.

Pourquoi faut-il parfois ajouter du compost avant ?

Si vous souhaitez utiliser du BRF tardivement, en guise de paillage, il est recommandé d’apporter d’abord du compost. Celui-ci permettra aux plantes de bénéficier d’azote rapidement assimilable. Et pour cause, le BRF peut entraîner une « faim d’azote ».

Cet inconvénient peut être pallié en cultivant des légumineuses — pois, luzerne — lors de la saison suivant l’apport. Ces plantes fixent l’azote dans le sol et compensent ce que les micro-organismes prélèvent pour décomposer le bois.

Quels atouts justifient cet engouement ?

Le BRF présente plusieurs avantages qui expliquent pourquoi certains jardiniers ne jurent plus que par lui.

Constitué de composants variés et de qualité, il devient un véritable garde-manger pour les micro-organismes, les petits mammifères, les oiseaux, les insectes.

De cette façon, toute une biodiversité se crée et stimule l’écosystème. Vous profitez ainsi d’un véritable cercle vertueux de la fertilité grâce à l’enrichissement du sol qui accueille ce microcosme.

Les champignons mycorhiziens, alliés invisibles

Cette matière organique permet le développement des champignons dits mycorhiziens. La mycorhize offre une solution gagnante à la fois aux champignons et aux plantes : le champignon fournit de l’eau ainsi que des nutriments à la plante à laquelle il s’associe par le biais des racines, et la plante lui fournit des sucres fabriqués grâce à la photosynthèse. Ces champignons, certes non comestibles, sont une véritable aubaine pour votre sol.

Un humus sans engrais

L’utilisation de BRF permet de créer des conditions optimales pour la dégradation de la matière organique et ainsi, pour la création d’humus. C’est la solution idéale pour rendre le sol fertile sans engrais. L’humus est très riche en éléments minéraux que la plante peut assimiler rapidement.

Structure du sol et économies d’eau

Comme les différents autres paillages, le BRF améliore la structure du sol. En attirant la faune du sol — vers de terre, collemboles — qui creuse des galeries, la terre se décompacte. L’air et l’eau s’infiltrent mieux.

Le bois raméal fragmenté absorbe l’humidité et la restitue progressivement, ce qui permet aux plantes de mieux supporter les périodes de sécheresse. Il limite aussi l’évaporation de l’eau, ce qui permet de faire des économies considérables et de réduire les arrosages, voire d’atteindre une autonomie.

Autres atouts notables :

  • Il évite les problèmes liés aux intempéries excessives, comme l’érosion du sol ou le lessivage
  • Avec des essences caduques variées, hors résineux, vous pouvez espérer à long terme retrouver un pH neutre pour votre sol
  • C’est une excellente solution pour diminuer vos déchets verts et surtout, en profiter

Quels sont les inconvénients qui freinent certains jardiniers ?

Néanmoins, le BRF a aussi ses limites et est parfois décrié, car il présente certains inconvénients.

La fameuse faim d’azote

Le principal inconvénient du BRF est qu’il entraîne une faim d’azote. Elle a lieu à la surface du sol au début de la dégradation. À ce moment, les micro-organismes et les bactéries qui servent à la décomposition de la matière organique prennent l’azote qui se trouve à la surface pour s’en servir dans le processus de décomposition. Vos plantes cultivées en sont alors privées.

Vous pouvez contrer cet inconvénient par une installation anticipée du paillage ou par l’utilisation de compost.

Ravageurs et mauvaises herbes

Le BRF a tendance à constituer une aubaine pour certains ravageurs, car c’est un paillis chaud et humide. La présence de cette couche épaisse bloque également de nombreux semis spontanés.

Si, d’un côté, ce type de paillage empêche le développement de certaines adventices, d’autres apprécieront particulièrement cet apport et pourront y proliférer. Avant de les arracher, vérifiez si elles ne présentent pas un intérêt pour la restauration de l’équilibre de votre sol ou même pour votre consommation.

Où trouver du BRF sans vous ruiner ?

Pour vous procurer du BRF, vous pouvez vous rapprocher des paysagistes, des élagueurs ou même des services privés ou publics de recyclage des déchets verts. Dans certaines municipalités, du BRF est même mis à disposition gratuitement. Renseignez-vous auprès de votre mairie.

Si vous ne pouvez pas en trouver gratuitement, vous pouvez en acheter auprès d’un professionnel en comptant entre 20 et 40 € pour 3 à 5 m².

Comment fabriquer vous-même votre BRF ?

Pour en profiter gratuitement, une autre solution consiste à faire vous-même votre BRF.

Entre novembre et mars, lorsque vos feuillus sont en dormance, vous pouvez tailler leurs jeunes rameaux. Vous pouvez également ajouter quelques rameaux d’arbres persistants ou de résineux. Détaillez-les ensuite en tronçons de 2 à 20 cm de long. Pour ce faire, vous pouvez utiliser un broyeur de végétaux ou un outil bien tranchant.

Le BRF n’est pas une solution miracle, mais il reste une réponse concrète pour qui veut transformer ses tailles d’hiver en ressource vivante, à condition d’anticiper la faim d’azote et de choisir le bon moment pour l’installer.