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Bien-être

Gazon kikuyu : l’Africain qui résiste à –7 °C et séduit les jardins du Midi

AI-illustration

Gazon kikuyu : l’Africain qui résiste à –7 °C et séduit les jardins du Midi

Cette graminée venue du Kenya s’étale si vite qu’il faut lui tracer des frontières, mais elle survit à l’été sans arrosage — voilà pourquoi elle gagne du terrain en France.

Un samedi matin de mai, dans un jardin de Fréjus. Le voisin passe le troisième passage de tondeuse de la semaine sur son gazon anglais déjà jauni. De l’autre côté de la haie, Marc laisse pousser son kikuyu — Pennisetum clandestinum — tranquillement. Une tonte tous les dix jours, une coupe à 10 cm, et le tour est joué. Pendant que le gazon traditionnel exige eau, engrais et vigilance, cette plante africaine se contente d’un arrosage hebdomadaire même en plein été. Le kikuyu conquiert discrètement les jardins du Midi. Et pour cause : il survit là où les autres brûlent.

D’où vient le gazon kikuyu et pourquoi ce nom ?

Le Pennisetum clandestinum appartient à la famille des Poacées, une grande famille de graminées. Son nom vient d’une ethnie du Kenya, là où il pousse naturellement depuis toujours, en Afrique de l’Est. Le climat sec est son berceau. Au fil du temps, il a traversé les continents et s’est implanté autour de la Méditerranée, au point d’être classé parmi les espèces invasives dans certaines zones.

Ses racines traçantes — des rhizomes — lui permettent de coloniser le sol rapidement, formant un tapis dense qui étouffe les mauvaises herbes. Les feuilles naissent enroulées, puis se déploient en rubans plats de 30 cm de long et 6 mm de large, d’un vert franc à peine velu. Dans de bonnes conditions, la plante grimpe jusqu’à 60 cm de hauteur et produit en été de petites fleurs blanc crème qui se transforment en graines.

Attention à ne pas confondre avec le Stenotaphrum secundatum, surnommé « Buffalo Grass ».

Ce cousin américain a un aspect plus grossier et surtout une tolérance au froid bien moindre. Si le Pennisetum supporte jusqu’à –7 °C, le Buffalo Grass montre ses limites dès les premières gelées sérieuses.

Pourquoi le kikuyu résiste-t-il mieux à la sécheresse ?

Le secret tient à sa structure racinaire. Les rhizomes du kikuyu plongent en profondeur et s’étendent horizontalement, formant un réseau dense qui capte l’humidité résiduelle du sol même quand la surface est sèche. Là où un gazon classique réclame deux à trois arrosages par semaine dès que le thermomètre grimpe, le kikuyu se satisfait d’un seul passage d’arroseur tous les sept jours.

Cette résistance naturelle à la sécheresse le rend particulièrement adapté au bassin méditerranéen, où les étés longs et secs mettent à rude épreuve les pelouses traditionnelles. Il encaisse aussi très bien la forte luminosité et, en bord de mer, les embruns salés. Voilà pourquoi on le voit de plus en plus dans les jardins du Var, de l’Hérault ou des Alpes-Maritimes.

Quand et comment semer le gazon kikuyu ?

Le kikuyu se sème au printemps, jamais avant la fin de l’hiver. Il faut attendre que le sol se soit bien réchauffé et que les températures extérieures oscillent entre 16 et 21 °C. Surtout, vérifiez qu’il n’y ait plus de risque de gelées nocturnes : en dessous de 12 °C, la germination stagne.

Avant de semer, préparez le terrain :

  • Amendez le sol avec de l’engrais à diffusion lente ou du fumier bien décomposé
  • Nivelez soigneusement la surface, comme pour un gazon classique
  • Semez à la volée en marchant en ligne droite
  • Recouvrez d’une fine couche de terreau
  • Tassez légèrement au rouleau ou en marchant dessus
  • Arrosez en pluie fine pour éviter de déplacer les graines

Comptez environ 50 € le kilo de semences — un prix élevé, mais la surface couverte est importante grâce à la vigueur de la plante.

Après le semis, arrosez légèrement tous les jours jusqu’à la levée. Dès que les premières pousses apparaissent, réduisez à un arrosage hebdomadaire, encore moins si la pluie fait le travail.

Quel entretien pour une pelouse de kikuyu ?

Le kikuyu demande moins de soins qu’un gazon traditionnel, mais quelques gestes réguliers restent indispensables. D’abord, l’engrais : cette graminée a besoin d’un sol fertile pour garder son éclat. Pensez à fertiliser au printemps avec un engrais à diffusion lente, puis renouvelez l’apport en cours de saison si la pelouse semble pâlir.

Côté tonte, ne tombez pas dans le piège de la coupe rase. Le kikuyu déteste ça. Réglez la hauteur de votre tondeuse sur 10 cm — oui, c’est haut, mais c’est justement ce qui lui permet de rester vigoureux. À cette hauteur, il supporte mieux le piétinement et conserve une épaisseur qui décourage les mauvaises herbes.

La fréquence de tonte ? Une fois tous les dix à quinze jours suffit, même en pleine saison de croissance. Vous êtes loin du rythme harassant des gazons anglais qui réclament la tondeuse deux fois par semaine.

Faut-il vraiment lui tracer des frontières ?

Oui, et c’est même indispensable. Le kikuyu est un conquérant. Ses tiges traçantes filent sous terre et ressurgissent là où vous ne les attendez pas : dans le massif de rosiers, sous la haie, au pied du potager. Sans limite physique, il gagne plusieurs mètres carrés par saison.

Installez une bordure de jardin bien enfoncée — au moins 20 cm de profondeur — pour bloquer les rhizomes.

Certains jardiniers utilisent des bordures en acier galvanisé, d’autres préfèrent les bandes plastiques épaisses. L’essentiel est que la barrière soit continue et solide. Si vous plantez le kikuyu près d’une allée gravillonnée ou d’une terrasse, surveillez les débordements : il se faufile partout.

Quels sont les vrais défauts du kikuyu ?

Premier point de vigilance : le froid. Si le kikuyu tolère jusqu’à –7 °C, au-delà il jaunit, ses feuilles brûlent et ses racines peuvent mourir. Oubliez-le dans le Nord, l’Est ou les zones montagneuses. Il est taillé pour le climat méditerranéen, pas pour Strasbourg ou Grenoble.

Ensuite, l’esthétique. Le kikuyu ne donnera jamais une pelouse de golf, fine et veloutée. Ses feuilles sont larges, sa texture rustique. Si vous rêvez d’un tapis anglais impeccable, passez votre chemin. Ce gazon est fait pour résister, pas pour parader.

Enfin, le prix : environ 50 € le kilo de semences, c’est nettement plus cher qu’un mélange classique vendu entre 10 et 20 € le kilo. Mais la différence se rattrape sur le long terme grâce aux économies d’eau et d’entretien.

Le kikuyu est-il fait pour vous ?

Si vous jardinez dans le Sud, si vos étés sont secs et chauds, si vous en avez assez d’arroser tous les deux jours et de voir votre pelouse jaunir en juillet, le kikuyu mérite d’être testé. Il encaisse le piétinement des enfants, résiste aux embruns en bord de mer et repousse vite après une tonte.

En revanche, si vous habitez une région froide, si vous cherchez un gazon d’ornement tout en finesse, ou si vous n’avez pas envie de surveiller son expansion, mieux vaut rester sur un mélange traditionnel.

Le kikuyu ne remplacera pas tous les gazons, mais là où il se plaît, il change la donne.