En bref
Depuis le 5 juin 2026, le surplus d'électricité solaire injecté sur le réseau ne rapporte plus que 1,1 centime par kWh au lieu de 4 centimes, soit une perte de plus de 100 € par an pour une installation domestique classique.
Trois points à retenir
- Une installation de 6 kWc injectant 3 500 kWh par an rapporte environ 38,50 € au lieu de 140 € avec l'ancien tarif
- La prime de 80 € par kWc installé a été supprimée pour les nouvelles demandes déposées après le 5 juin 2026
- Consommer un kWh sur place évite un achat à environ 19 centimes, soit 17 fois plus que le tarif de revente
La réponse en bref
Depuis juin 2026, le surplus rapporte environ 38 € par an au lieu de 140 € pour une installation domestique classique, car le tarif d'achat a chuté de 4 centimes à 1,1 centime par kWh et la prime a disparu.
Panneaux solaires : 38 € par an au lieu de 140 — voici ce que rapporte vraiment le surplus depuis juin 2026
Pour toute demande de raccordement déposée après le 5 juin 2026, le surplus d’électricité solaire injecté sur le réseau ne rapporte plus que 1,1 centime d’euro par kWh — soit une perte de plus de 100 € par an pour une installation domestique classique.
C’est un samedi d’octobre, il est huit heures, la cuisine sent encore le café. Marc ouvre l’application de son compteur Linky sur son téléphone, comme il le fait chaque semaine depuis que ses panneaux sont posés. Production totale : 1 840 kWh depuis la mise en service en juillet. Injection sur le réseau : 920 kWh. Il multiplie machinalement par le tarif qu’il a vu sur son contrat. Résultat : 10,12 € hors taxes, en trois mois. Il relit deux fois. Il s’attendait à quelque chose comme 40 €. C’est là, en consultant les forums, qu’il a compris : le tarif a changé le 5 juin, sa demande de raccordement complète est partie le 18. Il est passé à travers.
Que montre vraiment le compteur à l’automne ?
À l’automne, on consulte le Linky ou l’application du gestionnaire de réseau. Deux chiffres apparaissent : la production et l’injection. Pour les petites installations, le contrat avec EDF Obligation d’Achat est facturé une fois par an. Le relevé n’affiche donc que des kilowattheures, pas d’euros. Il faut multiplier les kWh injectés par le tarif pour savoir ce que la toiture rapporte.
Prenons un exemple concret.
Une installation de 6 kWc produit environ 7 000 kWh par an. Si vous en consommez la moitié, l’autre moitié — soit 3 500 kWh — part sur le réseau. Cela représente en moyenne 9,6 kWh chaque jour que vous n’avez pas utilisés chez vous.
À 1,1 centime d’euro par kWh, ces 3 500 kWh rapportent environ 38,50 € hors taxes sur l’année. Au tarif de 4 centimes qui s’appliquait encore au deuxième trimestre 2026 pour les installations de 9 kWc ou moins, la même injection aurait donné 140 €. L’écart atteint environ 101,50 € par an, sans compter la prime qui a disparu.
Ce que change l’arrêté du 1er juin 2026
Le texte, signé le 1er juin et publié au Journal officiel le 4 juin, est entré en vigueur le 5 juin 2026. Il modifie l’arrêté tarifaire du 6 octobre 2021, dit S21.
Il instaure un tarif d’achat unique du surplus, fixé à 1,1 centime par kWh hors taxes. Ce tarif est indexé de 2 % par an à chaque anniversaire du contrat. Il vaut pour les installations jusqu’à 100 kWc, et pas seulement pour celles de 9 kWc ou moins.
Avant la réforme, au deuxième trimestre 2026, le surplus des installations de 9 kWc ou moins était payé 4 centimes par kWh. S’y ajoutait une prime de 80 € par kilowatt-crête installé :
- 240 € pour une installation de 3 kWc
- 480 € pour 6 kWc
- 720 € au maximum pour 9 kWc
Cette prime est supprimée pour les nouvelles demandes.
Dans notre simulation, ce sont donc 480 € qui ne seront jamais versés, en plus des 101,50 € annuels perdus sur la revente.
La vente totale n’existe plus pour les petites installations
Autre rupture : les installations de 9 kWc ou moins ne peuvent plus vendre toute leur production. Seule la vente du surplus reste possible, ce qui oblige à consommer une partie de ce qu’on produit. Des panneaux posés uniquement pour revendre n’ont donc plus de cadre juridique pour les petites puissances.
Un nouveau critère impose aussi un dispositif de comptage. Les modalités précises ne sont pas détaillées dans tous les documents grand public. Le texte publié au Journal officiel fait foi, et un installateur sérieux doit pouvoir expliquer ce qu’il implique pour une toiture donnée, avant la signature du devis.
Dossier déposé avant le 5 juin : l’ancien tarif tient
Pour un ménage dont la demande complète de raccordement a été déposée avant le 5 juin 2026, c’est l’ancien tarif qui s’applique. Les contrats signés avant la réforme gardent la prime et le tarif d’origine pendant 20 ans.
Une seule date compte : celle de la demande complète de raccordement.
Une installation posée cet été n’est pas automatiquement touchée par la réforme. Ce qui compte, c’est que la demande complète de raccordement soit postérieure au 5 juin 2026, et non au 1er juin, date de signature de l’arrêté. Un dossier complet déposé le 3 juin, par exemple, relève de l’ancien régime. Un dossier déposé le 10 juin bascule dans le nouveau.
Reste à relire son contrat pour connaître le niveau exact du tarif, puisque les 4 centimes cités plus haut sont ceux du deuxième trimestre 2026.
Un kWh consommé chez soi vaut environ 17 fois plus
Le même kWh, consommé sur place, évite d’en acheter un au tarif réglementé, autour de 19 centimes environ. Si les 3 500 kWh de la simulation étaient consommés dans la maison plutôt qu’injectés, ils éviteraient environ 665 € d’achats d’électricité, contre 38,50 € hors taxes une fois revendus.
Le rapport est d’environ 17 pour 1.
Ces chiffres restent une simulation, car le prix réellement payé dépend du contrat de chacun. Mais l’ordre de grandeur est là : revendre rapporte presque rien, consommer sur place évite un achat bien plus cher.
Sur 20 ans de contrat, la revente de la simulation rapporterait environ 770 € hors taxes avant indexation. C’est à peine plus que les 720 € de prime que touchait au maximum une installation de 9 kWc avant la réforme.
Décaler ses usages vers les heures de soleil
Le levier le plus direct tient dans l’agenda de la maison. Lave-linge, ballon d’eau chaude, recharge de voiture : tout ce qui peut démarrer entre le milieu de matinée et le milieu d’après-midi consomme de l’énergie produite sur place. Chaque kWh ainsi absorbé n’est plus injecté à 1,1 centime, ni acheté à environ 19 centimes.
Un ballon d’eau chaude stocke l’énergie sous forme de chaleur, ce qui en fait le candidat naturel pour absorber un pic de production. Un lave-linge à départ différé, lui, se règle en quelques secondes pour tourner à midi plutôt qu’à 20 heures.
Même indexé de 2 % par an, le tarif passe de 1,1 centime à environ 1,12 centime au premier anniversaire du contrat.
Soit moins de 1 € de gain supplémentaire sur 3 500 kWh. Le vrai levier est donc ailleurs : dans la capacité à consommer ce qu’on produit, et à éviter le prix d’achat.
Que vérifier avant de signer un devis ?
Avant de signer, deux vérifications s’imposent. La première : la date de dépôt de la demande de raccordement. Si elle est postérieure au 5 juin 2026, c’est le nouveau tarif de 1,1 centime par kWh qui s’applique, sans prime. Si elle est antérieure, l’ancien tarif tient.
La seconde : la présence du dispositif de comptage exigé par le nouvel arrêté. Un installateur doit pouvoir expliquer ce point clairement, avec le matériel prévu et son coût éventuel.
Le surplus injecté rapporte désormais si peu qu’il ne constitue plus un motif d’installation à lui seul. L’économie réelle se fait désormais kilowatt par kilowatt, heure par heure, dans la maison elle-même.


