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Cave éclairée en hiver : ce réveil brûle deux mois de survie

AI-illustration

En bref

L'éclairage d'une cave en hiver peut réveiller une chauve-souris en hibernation et lui faire brûler l'équivalent de 30 à 60 jours de réserves énergétiques en un seul réveil.

Trois points à retenir

  1. Un seul réveil hivernal brûle 30 à 60 jours de réserves de graisse chez une chauve-souris en hibernation
  2. Les caves réunissant obscurité, calme, température stable et humidité servent de gîtes d'hiver aux chauves-souris
  3. Regrouper les descentes à la cave et éteindre systématiquement la lumière limite les dérangements pendant l'hibernation

La réponse en bref

Oui, l'ampoule allumée dans une cave froide peut réveiller une chauve-souris en hibernation et lui faire brûler l'équivalent de 30 à 60 jours de réserves en un seul réveil, ce qui risque d'épuiser son stock avant le printemps si les réveils se répètent.

Cave éclairée en hiver : ce réveil brûle deux mois de survie

Chaque fois qu’une chauve-souris se réveille en plein hiver, elle grille l’équivalent de 30 à 60 jours de réserves — et l’ampoule qu’on laisse allumée à la cave suffit parfois à provoquer ce réveil.

Jeudi soir, 18 h 30, vous descendez chercher un bocal de cornichons. Clic : l’interrupteur, la lumière au plafond, le tour du regard entre les étagères métalliques. Deux minutes plus tard, vous remontez. Le lendemain matin, rebelote pour une bouteille d’eau. Puis le soir pour le congélateur. Si une chauve-souris dort au plafond, ce geste banal — l’ampoule allumée dans une cave froide — peut lui coûter la vie avant le printemps.

Un seul réveil, deux mois de réserves envolées

Un seul réveil. C’est ce qu’il faut à une chauve-souris en hibernation pour brûler l’équivalent de 30 à 60 jours de réserves énergétiques. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) range la fréquentation et l’éclairage des cavités parmi les dérangements capables de la tirer de sa torpeur.

Les réserves de graisse constituées à l’automne sont calibrées pour tenir jusqu’au retour des insectes au printemps, et chaque réveil oblige l’animal à y puiser.

Si les réveils se répètent, le stock risque de s’épuiser avant les beaux jours. D’où l’avertissement de la LPO : des dérangements trop fréquents peuvent leur être fatals. Dans une cave traversée chaque jour pour le congélateur ou la machine à laver, la lumière s’allume à chaque passage. Prenons un cas simple : trois descentes par jour pendant quatre mois. Cela fait 360 occasions de déranger ce qui dort au plafond.

Une précision compte. La LPO parle de cavités au sens large, et personne n’affirme qu’une chauve-souris loge dans chaque cave de France. En revanche, l’association rappelle que ces animaux vivent souvent près de l’homme, dans les combles, les caves, les arbres creux ou les fissures de bâtiments.

Comment une chauve-souris passe l’hiver

À l’automne, les chauves-souris profitent des derniers insectes pour finir de constituer leurs réserves, puis cherchent le gîte où elles passeront l’hiver. Vient ensuite l’hibernation, un état d’hypothermie régulée qui permet de traverser la saison sans se nourrir. Pendant plusieurs mois, elles ne mangent plus et puisent dans la graisse accumulée durant l’été. Le froid de novembre marque le début de ce long sommeil.

Le gîte d’hiver idéal réunit quatre critères :

  • De l’obscurité
  • Du calme
  • Une température stable qui ne descend jamais sous 0 °C
  • Un taux d’humidité assez élevé

Les cavités sont un lieu de choix, les caves figurent parmi les abris d’hiver, et on trouve aussi des individus dans des arbres creux ou des fissures, notamment de maisons chauffées.

L’hibernation est une période où les chauves-souris sont extrêmement vulnérables.

Elles sont aussi très sensibles aux dérangements au moment de la mise bas, l’autre temps fort de leur année. Elles utilisent d’ailleurs des gîtes différents selon les saisons : l’un en été pour la reproduction, l’autre en hiver pour l’hibernation.

Pourquoi un réveil coûte si cher en plein hiver

En hiver, aucun insecte ne vient compenser la dépense. C’est la différence avec un réveil en juin : dehors, il y a de quoi chasser. Pas en janvier. Une chauve-souris qui brûle deux mois de réserves en novembre doit piocher dans un stock prévu pour tenir jusqu’en mars ou avril. Multipliez les réveils, et le calcul ne tient plus.

Les spécialistes apportent une nuance utile : le toucher est le seul dérangement qui provoque un réveil systématique, alors que le bruit, la chaleur et la lumière concourent au réveil sans le garantir. La LPO écrit d’ailleurs que l’éclairage « peut réveiller » l’animal, pas qu’il le réveille à tous les coups.

Mieux vaut donc ne pas additionner lumière, claquements de porte et allers-retours.

Ce qu’il faut faire cette semaine

Le geste tient en peu de chose :

  • Regrouper les descentes plutôt que d’y aller trois fois par jour
  • Éteindre en sortant
  • Éviter d’y promener une lampe braquée vers le plafond

Il se fait cette semaine, au moment où le froid de novembre lance l’hibernation.

Le raisonnement vaut pour la grange et le cellier, des volumes frais et sombres où une chauve-souris pourrait trouver refuge. Là aussi, il s’agit de limiter la fréquentation et la lumière pendant les mois froids. Les voix, les caisses qu’on traîne et les portes qui claquent relèvent du même principe, puisque le calme fait partie des critères d’un bon gîte.

Autre réflexe : ne pas fermer ces lieux de façon hermétique. Une chauve-souris qui se réveille doit pouvoir sortir, et un soupirail condamné ou des interstices colmatés l’en empêcheraient. Les associations de protection conseillent de ne pas modifier les accès et de garder des passages libres vers les combles, les greniers et les caves. Cela n’oblige pas à laisser entrer le froid : il s’agit seulement de ne pas supprimer une ouverture qui existe déjà.

Si vous apercevez une chauve-souris au plafond

Le réflexe est de sortir le téléphone. Mauvaise idée : éviter d’éclairer l’animal ou de le photographier au flash fait partie des consignes des naturalistes.

Mieux vaut ne pas la toucher, rester discret et la laisser poursuivre son hibernation.

En cas de doute, une association locale de protection de la nature ou le groupe chiroptères de la région peut conseiller.

Le même principe s’applique au tas de bois de chauffage, autre abri possible. Les associations conseillent de regarder entre les bûches avec une lampe, de n’éclairer que le temps d’un coup d’œil et de ne retirer aucune bûche autour d’une dormeuse.

L’ampoule n’est pas la seule menace

La lumière dérange aussi dehors. L’éclairage nocturne, de plus en plus présent en ville comme à la campagne, perturbe les sorties de gîte, car les chauves-souris attendent la baisse de luminosité pour s’activer. Comme les insectes sont plus abondants en début de nuit, un départ retardé dégrade la qualité de leur chasse.

La France compte 35 espèces de chauves-souris. Sur sa liste de menaces, la LPO place aussi la rénovation des bâtiments, la fermeture des souterrains, la disparition des haies et des arbres creux, les pesticides et le trafic routier.

Parmi les gestes simples qu’elle propose :

  • Installer des nichoirs
  • Préserver les vieux arbres et les combles
  • Éviter les produits chimiques au jardin
  • Limiter l’éclairage nocturne

Durant février, bénévoles et salariés d’une réserve naturelle nationale visitent les gîtes d’hibernation pour compter les chauves-souris. Ils s’imposent pourtant une discipline stricte : un seul passage par an, un nombre réduit d’observateurs, une visite courte, du silence. Leurs lampes sont adaptées pour ne pas réveiller les animaux.

L’ampoule qu’on éteint en sortant ne sauvera peut-être aucune chauve-souris cette année. Mais entre la cave et le printemps, elle ouvre une chance de plus.