En bref
Un locataire peut demander la modification de l'état des lieux d'entrée concernant le chauffage pendant tout le premier mois de la période de chauffe, même après la signature initiale, afin de signaler des équipements défaillants et protéger son dépôt de garantie.
Trois points à retenir
- Le locataire dispose de dix jours après l'état des lieux pour demander un complément sur n'importe quel élément du logement, mais un délai spécifique d'un mois s'applique au chauffage dès le début de la période de chauffe.
- La demande de modification pour le chauffage doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception, accompagnée de preuves comme des photos ou relevés de température.
- Un état des lieux d'entrée précis et complété dans les règles évite qu'on reproche au locataire des dégradations qu'il n'a pas causées lors de la restitution du logement.
La réponse en bref
Le chauffage peut rouvrir le dossier un mois après car la loi accorde au locataire un délai d'un mois durant la période de chauffe pour signaler des équipements de chauffage défaillants, même si l'état des lieux initial a déjà été signé. Ce délai permet de tester le fonctionnement réel des radiateurs, impossible à vérifier lors d'un emménagement en été.
État des lieux signé : pourquoi le chauffage peut rouvrir le dossier un mois après
Vous pensiez que l’état des lieux d’entrée était définitif à la remise des clés, mais le premier mois de chauffe peut tout faire basculer — et vous pourriez perdre votre dépôt de garantie si vous ne le savez pas.
Samedi 12 octobre, 9 h 30. Sophie tourne le robinet thermostatique du radiateur dans sa chambre. Rien. Elle attend une heure, pose la main sur la fonte : toujours froide. Elle a emménagé fin août dans ce deux-pièces parisien. L’état des lieux mentionnait « deux radiateurs présents ». Présents, oui. Fonctionnels, c’est une autre histoire. Sauf qu’elle croyait le dossier bouclé depuis la signature, il y a six semaines. En réalité, elle dispose encore d’un délai légal pour faire corriger le document — un délai que très peu de locataires connaissent, et que les propriétaires ne se précipitent pas toujours pour rappeler.
Pourquoi l’état des lieux n’est jamais totalement figé
L’article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit une première marge de manœuvre après la signature du constat initial. Le locataire dispose de dix jours à compter de l’établissement de l’état des lieux pour demander au bailleur de le compléter, et ce pour n’importe quel élément du logement.
Une tache sur un mur mal éclairé le jour de la visite, une fissure oubliée, un équipement défectueux non signalé : tout peut être ajouté dans ce court laps de temps.
Si le propriétaire refuse de modifier le document, le locataire n’est pas démuni. Il peut saisir la commission départementale de conciliation pour faire valoir sa demande. Ce mécanisme existe pour une raison simple : un état des lieux reste un exercice rapide, souvent réalisé en une demi-heure, et des détails peuvent légitimement échapper à l’attention des deux parties.
Le chauffage : un délai qui s’étend sur tout le premier mois de chauffe
Le cas du chauffage échappe à cette règle des dix jours et obéit à une logique distincte. Selon l’ANIL, le locataire peut demander à modifier l’état des lieux d’entrée concernant les éléments de chauffage pendant tout le premier mois de la période de chauffe.
La raison est purement pratique : un radiateur ne se teste pas à l’arrêt. Un état des lieux signé en plein été, par exemple en juillet, ne permet de constater que la présence physique des équipements, pas leur bon fonctionnement. Il faut attendre que le chauffage soit effectivement sollicité pour vérifier si tout fonctionne correctement.
C’est pourquoi la loi accorde ce délai supplémentaire, calé sur le redémarrage réel des installations plutôt que sur la date de signature du bail.
Pour la saison en cours, les chauffages collectifs ont commencé à se mettre en route progressivement autour de la mi-octobre, une date qui varie selon les régions et les conditions météorologiques. Aucune échéance n’est fixée par la loi pour cet allumage : la décision revient à la copropriété, via son règlement ou un vote en assemblée générale, le syndic se chargeant ensuite de l’exécution.
Quelle température de référence et comment prouver la défaillance
Une fois le chauffage en route, la réglementation prévoit une température de référence de 19 degrés maximum dans les pièces d’habitation, conformément à l’article R241-26 du Code de l’énergie, qui reprend un décret datant de 1979.
Si un radiateur ne chauffe pas correctement, si une chaudière individuelle tombe en panne ou si un système de chauffage s’avère défaillant dès les premières utilisations, c’est le moment de le signaler formellement. La demande doit répondre à trois critères précis :
- Être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception
- Décrire de manière détaillée les équipements défaillants
- S’accompagner de preuves utiles comme des photos ou des relevés de température
Ces preuves matérielles sont essentielles. Un simple courriel ne suffit pas à ouvrir la procédure de modification de l’état des lieux, même si votre bailleur y répond. Seule la lettre recommandée fait courir les délais et établit une trace juridiquement opposable.
Ce qui reste exclu du délai chauffage : tous les autres équipements
Il faut bien distinguer les deux fenêtres de contestation pour ne pas se tromper de procédure. Le locataire peut demander un complément concernant les équipements de chauffage durant le premier mois de la période de chauffe. Pour les autres éléments du logement, la demande de modification doit intervenir dans les dix jours suivant l’état des lieux.
Les modifications apportées dans la seconde fenêtre, celle du chauffage, ne portent que sur cet aspect précis du logement.
Impossible, par exemple, de profiter de ce délai pour signaler une peinture écaillée, un sol abîmé ou un équipement de cuisine défectueux : ces éléments relèvent exclusivement du délai initial de dix jours, désormais expiré. Le propriétaire serait parfaitement en droit de ne pas tenir compte d’une demande hors délai portant sur un sujet qui n’est pas le chauffage.
Pourquoi ce détail peut peser lourd au moment de quitter le logement
Cette distinction a toute son importance au moment de la restitution du logement. L’état des lieux de sortie sera comparé point par point à celui d’entrée, complété ou non selon les démarches effectuées.
Si les deux documents concordent, le dépôt de garantie doit être restitué dans un délai d’un mois. En cas de différences, ce délai s’allonge à deux mois, le temps pour le bailleur de justifier d’éventuelles retenues.
Autant dire qu’un état des lieux d’entrée précis, complété dans les règles, protège autant le locataire que le propriétaire. Un radiateur défaillant signalé en octobre évite qu’on vous reproche en mars une dégradation que vous n’avez jamais causée. Et inversement, un bailleur informé dans les formes peut organiser la réparation sans attendre que le problème ne s’aggrave.
Deux occasions distinctes pour sécuriser son dossier
Entre les dix jours accordés pour l’ensemble du logement et le mois complet réservé au chauffage, les locataires disposent en réalité de deux occasions distinctes pour sécuriser leur dossier avant que les compteurs ne se remettent à tourner.
Prendre le temps de vérifier le fonctionnement des radiateurs dès les premiers froids, conserver les preuves écrites et respecter les formes imposées par la loi reste le meilleur moyen d’éviter une mauvaise surprise au moment de quitter le logement. Sophie, elle, a posté sa lettre recommandée le 14 octobre. Réponse du propriétaire reçue cinq jours plus tard : « Intervention du chauffagiste prévue jeudi prochain, modification de l’état des lieux à suivre. » Quelques lignes qui pourraient lui économiser plusieurs centaines d’euros dans quelques mois.


