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Bien-être

Aérations du vide sanitaire ouvertes en hiver : pourquoi votre voisin a raison

AI-illustration

En bref

Fermer les grilles d'aération du vide sanitaire en hiver bloque l'évacuation de la vapeur d'eau du sol, ce qui provoque la condensation sur les solives et leur dégradation en quelques mois.

Trois points à retenir

  1. Fermer les aérations en novembre peut noircir les solives en six mois et coûter des dizaines de milliers d'euros en réparations.
  2. Le sol sous la maison dégage de la vapeur d'eau qui, sans circulation d'air, condense sur le bois et favorise sa dégradation.
  3. Le ratio de ventilation recommandé est de 1 m² d'ouverture pour 14 m² de vide sanitaire, complété par un pare-vapeur au sol.

La réponse en bref

Votre voisin a raison de laisser les grilles ouvertes en hiver car cela permet d'évacuer la vapeur d'eau du sol et de protéger les solives contre la condensation et la dégradation. Le gain de chaleur espéré en fermant les grilles est presque nul, tandis que le risque de dommages structurels est réel.

Aérations du vide sanitaire ouvertes en hiver : pourquoi votre voisin a raison

Fermer les grilles d’aération d’un vide sanitaire en novembre peut noircir les solives en six mois et coûter des dizaines de milliers d’euros en réparations.

Un soir de novembre, sur le pas de la porte, vous sentez le vent glacé qui s’engouffre sous le plancher de votre voisin. Ses grilles d’aération du vide sanitaire restent grandes ouvertes, malgré le froid qui s’installe. Vous imaginez qu’il a oublié de les fermer. Lui ne touche à rien, de novembre à mars, et ce n’est pas de la négligence : c’est une décision technique qui protège la structure même de sa maison.

Ce qui se passe sous le plancher quand on ferme les grilles

Le scénario commence souvent ainsi : un propriétaire, las de sentir le froid monter du parquet, décide de boucher toutes les aérations de son vide sanitaire en novembre. L’idée semble logique : supprimer le courant d’air pour gagner en confort thermique.

Pendant des mois, rien ne se remarque en surface. Tout se joue sous le plancher, dans cet espace clos où personne ne met le nez. Six mois plus tard, un menuisier appelé pour un autre motif inspecte le dessous de la maison. Il découvre des solives noircies par l’humidité, ces pièces de bois sur lesquelles repose l’ensemble du plancher.

Six mois ont suffi pour que le bois commence à se dégrader.

À ce stade, la réparation peut coûter des dizaines de milliers d’euros. Le piège tient au décalage de calendrier : le courant d’air se sent dès le premier soir, tandis que la condensation fait son travail hors de vue, sous des planches que personne ne soulève.

Pourquoi la vapeur d’eau monte du sol

Un vide sanitaire est un espace situé sous le plancher, dont la hauteur reste inférieure à 1,95 m. Il est normalement muni d’ouvertures d’aération, ces grilles que l’on prend parfois pour de simples ornements de façade. Elles font circuler l’air entre le sol et le dessous du plancher, été comme hiver.

Le sol, sous la maison, dégage de la vapeur d’eau. Quand cette vapeur ne trouve aucune issue, elle stagne sous le plancher et favorise la condensation sur le bois, précisément à l’endroit où se trouvent les solives.

Le laboratoire américain Oak Ridge National Laboratory, qui publie un manuel des fondations, décrit ce rôle dans sa section consacrée aux vides sanitaires ventilés. L’air extérieur y dilue l’humidité du sol et limite les risques de dégradation. Plus l’air circule, moins la vapeur s’attarde contre les solives.

Le gain de chaleur espéré est-il réel ?

Fermer les grilles bloque l’évacuation de la vapeur d’eau du sol. Celle-ci s’accumule sous le plancher, condense, et entretient l’humidité dans le bois des solives. Humide semaine après semaine, le bois se dégrade, et le noircissement relevé par le menuisier en est le signe visible.

Le gain de chaleur, lui, se révèle presque imperceptible.

Entre un courant d’air désagréable et une structure de plancher qui se dégrade, le rapport de force est inégal. Quant au bénéfice espéré de la fermeture — un peu moins de froid —, il se révèle presque nul d’après les faits réunis par les professionnels du bâtiment.

Des conseils contradictoires selon les régions

Tout le monde ne partage pas cette lecture technique. Un bulletin municipal québécois recommande de bloquer les soupiraux en hiver pour conserver la chaleur. À l’opposé, des guides de rénovation français affirment que fermer les grilles ne change presque rien au ressenti thermique, mais bloque l’évacuation de l’humidité.

Les avis divergent aussi sur la fermeture permanente. Certains conseils recommandent de garder les évents fermés toute l’année dans la plupart des cas, et des entreprises de réparation affirment que des évents ouverts retiennent l’humidité et abritent nuisibles et moisissures.

En face, le laboratoire ORNL indique que beaucoup d’organismes refusent de recommander cette fermeture toute l’année, la ventilation pouvant diluer l’humidité du sol. Ces avis opposés viennent en partie d’Amérique du Nord, où les règles de construction et les climats diffèrent de ceux de la France.

Deux chiffres techniques qui font référence

Les documents techniques du Conseil national de recherches du Canada, du laboratoire ORNL et du laboratoire PNNL concordent sur deux repères précis.

Le premier est un ratio de ventilation : 1 pied carré d’ouverture pour 150 pieds carrés, soit un ratio de 1/150. En mesures françaises, cela représente environ 1 m² d’ouverture pour 14 m² de vide sanitaire.

Le second repère concerne le sol : un pare-vapeur en polyéthylène de 6 mil, soit environ 0,15 mm d’épaisseur, à peu près celle d’une feuille de papier. Ce film recouvre la terre et freine la vapeur qui en monte.

Le ratio de 1/150 suppose, par définition, des grilles dégagées.

Les deux dispositifs ne s’opposent pas. L’un contient l’humidité à la source, l’autre évacue celle qui parvient quand même à se former sous le plancher.

Que faire avant de toucher aux grilles ?

Le froid qui monte du plancher est une gêne réelle, et personne ne le conteste. Avant de toucher aux grilles, il serait prudent de faire examiner l’état des solives et de demander l’avis d’un professionnel du bâtiment.

Une fois fermées, les aérations peuvent travailler contre le bois pendant des mois sans qu’aucun signe n’apparaisse au-dessus du plancher. Le diagnostic permet de savoir si le pare-vapeur au sol est en place, si les solives sont encore saines, et si la ventilation actuelle suffit.

Le ratio de 1/150 et le pare-vapeur de 6 mil sont exprimés en unités nord-américaines, issus de documents canadiens et américains. Seules les règles applicables à votre logement font foi, et elles peuvent différer selon la région et l’année de construction.

Votre voisin qui laisse ses grilles ouvertes tout l’hiver n’a peut-être pas oublié de les fermer : il a peut-être simplement compris que le bois invisible sous ses pieds mérite autant d’attention que le confort ressenti en surface.